domingo, 29 de septiembre de 2013

LES MAUVAISES MÈRES NOUS SOMMES DES LIONNES

Je venais de laisser mon mari au bureau. Et comme chaque jour, j'avais planifié de garer la voiture chez nous et d'aller dans un agréable café à proximité où j'ai l'habitude de travailler. Alors que j'attendais pour tourner dans ma rue, je vis un petit appuyé sur un poteau qui pleurait en silence, secrètement. Son visage restait immuable alors que ses larmes coulaient sur ses joues. Il portait l'uniforme de l'école où vont aussi mes enfants et qui se trouve juste en face. Le ciel était clair et le sol humide. Il faisait très froid. Une mère, très douce dans ses gestes, lui parlait, lui caressait les cheveux. Et de temps en temps elle se penchait pour lui parler en le regardant dans les yeux. Le petit regardait dans le vide. Les coups de klaxon insistants et arrogants d'un automobiliste de la zone exclusive à laquelle je doute m'habituer, me rappelèrent que je pouvais tourner. Je m'éloignai donc des deux êtres qui capturèrent mon attention -et mon coeur- pour quelques brèves, et curieusement très longues secondes.

Je laissai ma voiture, pris mon ordinateur et mes papiers de la maison, et partis à pied au café. Je n'avais pas beaucoup avancé quand je les découvris au même endroit. J'ai vu des centaines de mamans avec leurs enfants à l'entrée de l'école. Comme je vis à côté, c'est une scène que se répète chaque jour. Mais cette fois il y avait quelque chose, je ne saurais dire quoi exactement, qui m'inquiétait. Quelque chose n'allait clairement pas bien. Je continuai à marcher sans les perdre de vue. J'ai pour habitude d'être une personne respectueuse. Pour moi, la bonne éducation c'est ne pas se mêler des affaires des autres à moins que quelque chose tourne mal, qu'il y ait un danger évident. Dans ce cas, il n'y avait pas de cris ni de tiraillements. Seulement une femme qui parlait à son fils. Cependant, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que je ne suis pas si bien élevée que ça ou peut être parce que mon coeur répond à des appels pour lesquels ma raison est sourde, quand je me trouvai à côté d'eux, je leur dis  « Tout va bien? Vous avez besoin de quelque chose? Je vis à côté... »

J'aurais pu continuer mon chemin. Ils parlaient tranquillement et elle, elle n'arrêtait pas de caresser la tête du petit. Quand elle lui parlait, elle cherchait son regard mais lui ne paraissait pas présent; son corps était là tremblant, mais lui était ailleurs, loin, très loin. Il était presque 10 heures du matin, le petit garçon était donc debout depuis deux heures (paralysé?) à quelques pas de l'entrée de l'école. Il n'avait pas enlevé son énorme cartable des épaules. Je sais qu'il pèse une tonne car ma fille en a un pareil. La garçon est très mince, et tremble à cause du froid qui nous transperce tous. C'est une matinée après une pluie battante, une de ces matinées trompeuses avec un soleil radiant qui ne chauffe pas. Et je confirme que mon inquiétude  n'était pas infondée. La douce femme me dit que ce n'est pas son fils, qu'après avoir laissé ses propres enfants elle le vit arrêté à l'angle de cette rue et quelque chose l'inquiéta. Nous n'avons pas besoin de nous connaître pour, à cet instant, nous unir. Son angoisse est la même que celle qui me parcourt de la tête au pieds.

Le petit ne veut pas rentrer dans l'école. « Mon petit tu ne peux pas rester ici » dit-elle. « Je ne peux pas entrer », dit-il. »Mais, pourquoi?, on t'accompagne si tu veux » « Non, je ne peux pas », c’est tout ce qu’on put en tirer. Il continue à pleurer en silence et toutes deux essayons de le réconforter, nous parlons et parlons et ressemblons à deux lionnes léchant leur petit apeuré. Le petit ne parle pas, il tremble et pleure. Il n'a pas plus de 10 ans et il est dans la rue tout seul. On lui propose d'appeler sa maman ou quelqu'un d'autre. Il refuse. Je ne me souviens plus de tout ce qu'on lui dit  entre cette inconnue proche et moi. Que cela n'avait pas d'importance de savoir pourquoi il n'était pas entré quand il aurait dû, qu'il ne devait pas s'inquiéter car peut-être l'inspectrice allait le gronder pour le retard mais qu'il suffisait qu'il lui explique qu'il ne se sentait pas bien, que nous pouvions l'aider et parler avec elle, que nous appellerions sa maman, qu'elle allait comprendre ses raisons quelles qu'elles soient (comprendra-t-elle?), que rien n'est si grave que l'on ne puisse pas résoudre, qu'il y a des gens qui l'aiment et qui peuvent l'aider, qu'on est tous passé par des moments difficiles, que sa maman allait se préoccuper en le croyant à l'école, qu'il devait le savoir, que c'est dangereux qu'il reste dans la rue. Finalement  nous parlions, nous parlions et nous obtenions pour réponse que des non de la tête. Et il pleurait. Je ne sais qui des deux lui demanda si quelqu'un connaissait son problème et il nous dit que oui, sa maman. Et ce furent ses dernières paroles.

Nous étions dans une situation insoutenable. Aucune de nous deux pouvait rester mais nous ne pouvions pas laisser le petit là. O
n lui proposa encore de l'accompagner à l'école mais il refusa. On lui expliqua que nous ne pouvions pas le laisser là, que nous allions prévenir l'école. Il ne dit rien. On essaya de lui expliquer pendant dix autres minutes pour qu'il accepte, mais rien à faire. La femme alla donc à l'école et moi je restai pour l'accompagner. Peu après arrivèrent deux inspecteurs, qui font partie des grandes et précieuses qualités qu'a cette école : les personnes qui y travaillent. Même les ogres les plus aigris et strictes ont des coeurs protecteurs pour les enfants et savent distinguer avec astuce un caprice d'une douleur. Ces deux inspecteurs ont à charge chaque jour 2500 élèves et dès qu'ils s'approchèrent du petit ils lui dirent « qu'est-ce qu'il se passe Federico? ». Même moi je sentis la réconfortante chaleur d'être appelé par son prénom. Federico baissa la tête et pleura fortement. Ils le prirent dans les bras et il se laissa faire. La femme et moi respirions de soulagement. Au moins le garçon ne sera pas seul dans ce coin de rue. Les inspecteurs nous rassurèrent. Ils appelleraient la mère et emmèneraient l'enfant à l'école pour qu'il prenne quelque chose de chaud. Federico partit avec eux. Et nous restions la femme et moi sans savoir quoi faire. Nous avions fait ce qui correspondait et cela nous rassurait. Les inspecteurs nous remercièrent. On dit au revoir. Et chacune partit de son côté. Mais, même si on ne le commenta pas, je sais que l'on resta toutes deux inquiètes.

Cet enfant pourrait être l'enfant de l'une d'entre nous. Combien de fois ai-je laissé les miens à l'école en supposant que tout allait bien? La maman de Federico était loin de soupçonner que quand elle laissa son fils à l'entrée de l'école, celui-ci jamais n'entra. Selon l'enfant, sa maman connaissait le problème. Le savait-elle réellement? Moi même, des milliers de fois j'ai cru comprendre mes enfants et je me suis trompée; j'ai cru comprendre une difficulté et pourtant des nuances et des implications insoupçonnées m'ont échappé. C'est facile d'imaginer que la mère laissa son fils à l'école en supposant que son fils était de mauvaise humeur ou grognon, mais ferme dans la décision qu'il ne devait pas manquer à cause d'un caprice. On comprend parfaitement cette maman. Moi du moins, je la comprends.

Et cependant, cette maman n'a pas vu la gravité de ce qui se passait chez son enfant. Car, je n'ai aucun doute que, peu importe de ce qu'il s'agissait, c'était grave. Seulement quelque chose de grave peut inonder un enfant de la sorte jusqu'à le laisser hors de lui. Un enfant peut avoir peur d'une remontrance ou d'une punition d'un professeur ou de ses parents, mais il ne peut pas pas sentir de la terreur. J'insiste, ce que la femme qui le découvrit et moi vîmes, ce n'était pas un enfant avec de la peine ou de la rage; l'enfant que nous découvrîmes cette femme et moi,
était de la douleur à l'état pur s’exprimant à travers un petit corps, en le possédant entièrement. Il ne pleurait pas comme un enfant. C'étaient des sanglots profonds et silencieux, des sanglots qui venaient d'une autre source, différents de ceux qui se manifestent pour un caprice insatisfait. Je suis sûre que c'est cela qui inquiéta cette femme et moi, qui nous sortit de notre routine de lionnes: les enfants ne pleurent pas ainsi. Encore plus, les enfants ne doivent pas pleurer ainsi. Et s'ils le font, c'est que quelque chose ne va pas bien. Les lionnes, nous le savons. Au jour le jour, nous pouvons laisser le lion se distinguer... Nous pouvons être les dernières à manger et s'alimenter des miettes que laissent les autres, nous pouvons être discrètes et ne pas se vanter de nos chasses, mais nous rugissons avec force et rien ni personne ne peut nous arrêter si un petit est en danger. C'est pour cela, au risque de paraître sans gêne, que je retournerai à l'école, demander des nouvelles de l'enfant car je préfère être sans gêne plutôt qu'indifférente. Les bonnes mères se préoccupent de ne pas abîmer leur manucure et de compter leurs enfants dans la voiture pour vérifier qu'il ne manque personne. À part ça, le reste ne les importe peu. Alors que les mauvaises mères nous nous immisçons là où on ne nous appelle pas, parce que pour une lionne, que ce soit le sien ou non, n'importe quel fils est son fils.

PS: À toutes les lionnes inquiètes, je vous raconte que j'ai enquêté et ils m'ont dit qu'ils étaient attentifs à Federico. Apparemment il accepte mal la séparation de ses parents et a eu du mal à s'adapter aux exigences de la sixième qui équivalent à celles de la seconde dans cette école. Je suis plus tranquille parce que même s'ils m'ont regardé avec une tête de " mais de quoi elle se mêle cette bonne femme", je me dis que si seulement il y avait  "des bonnes femmes sans gêne" face à d'autres cas choquants qu'on a vu aux informations je suis sûre que plus d'un a déjà remarqué quelque chose d'étrange, mais a pensé qu'il se faisait des idées.

martes, 3 de septiembre de 2013

RIEN DE PLUS SAIN QU'UN PEU DE SALETÉ

Avant que vous me lynchiez, j'explique: je ne défends pas l'idée que les enfants ne doivent pas être propres. Seulement que propre, ce n'est pas la même chose que désinfecté. Et il y a des mères qui sont tellement obsédées par les virus et les bactéries qu'elles font de leur foyer une bulle aseptisée. Dans leur maison  il y a en abondance de la Javel, des sprays désinfectants, du gel hydroalcoolique et de la haine pour les tapis (« Ils sont plein d'acariens! » Me crie-t-on comme si j'étais sourde. Bon, je suis vraiment sourde mais, surtout, j'adore marcher en chaussettes sur un tapis moelleux).

C'est clair qu'avec les petits bébés c'est différent, nouveaux-nés, ils doivent s'armer des défenses nécessaires, mais ensuite ils sont capables d'affronter les microbes sans problème. Là où je veux en venir c'est qu'il y a une certaine catégorie de bactéries et de bêtes diverses avec lesquelles nous cohabitons sans même nous rendre compte. Et n'importe quel enfant sain peut y faire face. Ma fille, après avoir appris à marcher, et à la première inattention, avait l'habitude de lécher les semelles de ses chaussures (pour les remercier, je suppose, de donner libre cours à sa jeune nature nomade). Évidemment si un enfant a une santé fragile, il est normal d'éviter l'exposition aux microbes, mais pour la grande majorité des enfants non. D'ailleurs, je vous rappelle, que nous, nous sommes d'une génération qui a grandi en mangeant de la terre, qui a grandi en buvant de l'eau d'un robinet qui avait servi à la moitié de l'école, qui a grandi en mangeant ses crottes de nez (quelqu'un m'a même raconté qu'il les partageait avec ses meilleurs amis), une génération à qui on a lavé la figure avec un mouchoir imbibé de salive ( je fuyais à m'en perdre chaque fois qu'une tante ou une grand-mère disait quelque chose comme « fais voir, viens par là ma petite », préambule indubitable de la fameuse toilette). Le fait est que, mis à part l'aspect dégoûtant que peuvent avoir ces  actes-là, il ne nous est rien arrivé. Bien au contraire. C'est pour cela que je suis convaincue que vivre avec les microbes dès le plus jeune âge, nous immunise contre eux. Ou comme dit mon adorable beau-père « laisse-le se salir un peu, ça ne lui fera pas de mal! » (impossible de résister à un papy qui te dit ceci en regardant, sourire aux lèvres, comment son petit fils a transformé un tas de boue en toboggan. Si à cela, nous ajoutons un ventre moelleux qui s'agite avec les rires, des yeux clairs comme de l'eau de source et les manières d'une personne qui a grandi et aimé au milieu des peillines* et des moutons, vous comprendrez notre complicité imbattable).

Donc, s'il n'y a pas de contre-indication convaincante, je vous conseille de laisser libre cours à vos envies de "manger" votre enfant (qu'y a-t-il de meilleur qu'un petit cou de bébé?), de le laisser vous enlever la nourriture que vous avez dans votre bouche (je sais pas pourquoi, mais les enfants adorent faire ça, et ensuite ils la mettent dans la leur. Et comme ils sont généreux dès le plus jeune âge, ils vous remettent dans la vôtre le bout de pain prémâché). Autorisez-vous à nettoyer la tétine de votre enfant en la suçant vous-même bien que le pédiatre vous ait dit que votre bouche était comme des toilettes (vous penserez que j'exagère; vous supposerez que mon métier d'auteur de contes se glisse dans ces chroniques, mais je vous jure sur la tête de la grand-mère que j'ai eu la chance d'avoir et qui maintenant doit avoir Dieu plié de rire avec le récit de ses bêtises, sur sa tête, je vous jure que c'est un « garagiste » de troisième classe en blouse blanche qui m'a dit cela). Laissez votre enfant dormir, se rouler et partager la nourriture avec votre animal domestique (mon fils, à l'époque où il faisait du quatre pattes, ne trouvait rien de plus amusant que de sucer les oreilles de notre chienne!!). Si vous êtes sûr que vos bêtes sont à jour au niveau des vaccins et qu'elles ne traînent pas dans la rue, vous pouvez être tranquille: les microbes restent en famille et nous en sommes tous contents.

*Peillines : nom donné aux jeunes chênes dans la campagne chilienne 



martes, 6 de agosto de 2013

MÉCHANTS CONSEILS POUR QUE VOTRE ENFANT DORME COMME UN LOIR ET VOUS ÉPARGNE L'ENVIE DE LUI DONNER DES COUPS DE PELLE SUR LE TÊTE.

Le loir est un adorable petit animal qui ressemble à une souris et qui se caractérise pour avoir de longues et profondes périodes de sommeil. Depuis la naissance de mes enfants, j'ai aspiré à ce qu'ils dorment comme ce dernier. Cependant cela n'a pas fonctionné : mes enfants, jusqu'à aujourd'hui, sont des lève-tôt. Ils n'ont jamais dépassé -ni ne dépassent- 6:30 du matin. En fait si, quand ils se couchent vraiment tard, ils se réveillent à 7h!

Et pourquoi je vous raconte cela? Pour deux choses: d'une part, pour le fait que rapidement j'ai dû accepter que chez mes enfants l'horloge biologique était programmée pour être alouette (alors qu'ils viennent d'une mère marmotte!) Et que, comme pour tant d'autres aspects, il y avait une prédisposition naturelle que je devais respecter. Dans le même registre, j'ai découvert que mon fils cadet possédait une sensibilité aux odeurs déconcertantes. À tel point qu'une fois, en rentrant de l'école le soir, il m'a demandé si sa grand-mère était venue à la maison. Surprise, je lui ai dit que oui, qu'elle était passée dans la matinée. Et comment  l'as-tu su, Felipe? Parce qu'on sent son parfum (plop!). Cette même caractéristique a fait qu'après plusieurs heures de voyage pour arriver à un endroit rêvé pour des vacances, nous sommes rentrés à la maison le jour suivant: là j'ai appris qu'il ne faut jamais emmener un enfant comme le mien, dans des thermes. Mon fils a passé une journée et demie à se boucher le nez parce qu'il ne supportait pas l'odeur d'oeuf pourri que nous autres avons oubliée au bout de deux heures.

Bref, je vous parlais du sujet de dormir. Il s'avère que si je les compare à d'autres enfants, les miens dorment peu, il y a même eu des périodes où ils dormaient encore moins que ça (couraaage!). Et étant donné qu'un sommeil interrompu et accumulé dans le temps, peut rendre fou le plus dévoué des pères et convertir en vieille grincheuse la plus douce des mères (chez moi cela provoque une conversion directe en Satan) avec mon mari nous avons mis en place (ne vous inquiétez pas les filles, sans mari ça fonctionne aussi) diverses actions qui, elles oui, ont été effectives. J'insiste: avec elles nous n'avons pas réussi à ce qu'ils dorment jusqu'à dix heures du matin, mais au moins nous avons obtenu un sommeil serein et continu. Voilà les recommandations, au cas où vous en aurez besoin.

-Respecter les horaires. Qu'il pleuve ou qu'il tonne, le rituel pour aller se coucher doit commencer à la même heure tous les jours. Dans mon cas, aux alentours de 19h00 on éteint la télévision, l'ordinateur et le reste. L'idée, c'est de diminuer progressivement le « régime moteur ». Une demie heure plus tard, le dîner. Ensuite le bain et au lit pour un moment câlins et/ou des histoires et/ou une conversation avec une lumière tamisée, pour parler de la journée (d'ailleurs, les meilleures conversations que j'ai eues avec mes enfants ont été à ce moment sacré).

-Plus particulièrement, en ce qui concerne le bain -et en considérant qu'il n'existe pas d'enfant qui n'aiment pas l'eau- je recommande pour les plus petits, de remplir la baignoire et d'ajouter une tasse d'infusion à la camomille préalablement préparée: ça apporte un arôme exquis et les détend. Quand mes enfants n'étaient pas les géants d'aujourd'hui, je les mettais ensemble et les laissais quelques minutes jouer dans l'eau chaude. Résultat: des enfants heureux et détendus.

-Ah, et j'en profite pour vous donner une recommandation pour le brossage de dents. Je ne sais pas pour vos enfants, mais pour les miens, ça s'avérait fastidieux jusqu'au jour où nous l'avons converti en « la chasse » aux bactéries qui produisent des caries, et ce, grâce à la petite pastille bleue qui se mâche après s'être lavé les dents et qui permet « d'attraper les petites bêtes » qui sont cachées parce qu'elle les teint en bleu, en laissant blanches les dents propres (le produit est inoffensif, sans ordonnance et se vend dans n'importe quelle pharmacie. Ça s'appelle quelque chose comme révélateur de plaque bactérienne).

Remarque: Alors que je pensais avoir terminé mes recommandations, une amie m'a appelée et quand je lui ai raconté le sujet que je traitais, elle m'a demandé d'en ajouter quelques unes en pensant aux bébés, comme celui qu'elle avait. Donc, même si cela fait assez longtemps que j'ai eu des bébés et que mes conseils peuvent vous paraître du Moyen-Âge, avec moi ils ont fonctionné. Les voici.

-Étant des bébés et pour s'assurer qu'ils dorment bien, les coucher une fois le bain pris. Pour les mêmes raisons que précédemment, faire un massage sur tout le corps avec de la crème et/ou de l'huile. Si vous vous en sentez capable, accompagner les caresses en fredonnant une chanson (ne vous inquiétez pas si vous chantez comme une casserole. Votre enfant vous aime et tout ce qui vient de vous est parfait). Si vous n'avez pas envie de chanter, vous pouvez obtenir le même effet sédatif, en murmurant des mots doux (chez moi, elles me sortent digne d'anthologie les incohérences du genre "qui est mon choumi-choumi, bichou, eh ma nénette bichounette?"). Pas besoin de vous dire que celui qui entend ça pensera que vous avez une araignée au plafond (deux s'il s'agit de votre mari), mais bon on s'en moque, non?

-Vérifier si la couche est propre avant de le coucher. Je vous suggère de ne pas regarder le portefeuille et d'investir dans les meilleures couches pour qu'elles servent toute la nuit. C'est vrai qu'elles sont plus chères, mais à la longue c'est plus économique parce que vous en utilisez peu (je leur en mettais une par nuit) et, encore plus important, vous vous épargnez le change du petit matin, très désagréable pour le bébé et insupportable pour vous.

-Couvrez-le bien. Beaucoup de bébés se réveillent seulement parce qu'ils ont froid. N'oubliez pas que la régulation de la température corporelle se fait une fois plus grand. Veillez à une bonne température dans la chambre en mettant un thermomètre sur le mur (il y en a des tout petits bien jolis). Dans la même idée, évitez de mettre le lit ou le berceau à côté de la fenêtre (même si elles ont des rideaux plus ou moins isolants, le froid passe quand même). Quand ils sont tout petits, mettez-leur un petit bonnet en coton pour dormir (les bébés perdent beaucoup de chaleur par la tête, et tout petits, comme ils ont surtout une grosse tête, la moitié de la chaleur se trouve à cet endroit).


-Et avant de dormir, l'infaillible biberon d'avoine avec du lait, cuit avec un petit bâton de cannelle, une petite écorce d'orange et une pincée de sucre. Ensuite vous le versez dans une passoire et c'est prêt ( l'idée c'est qu'il ait la consistance de l'empois - comme c'est drôle, les moins de 30 ans ne doivent pas savoir à quoi je fais référence- ou que le breuvage soit épais comme du ciment). 

miércoles, 19 de junio de 2013

LA FÊTE DE LA (MAUVAISE) MÈRE

J'imagine que pour toute femme qui a désiré être mère, qui a senti une grossesse dans son ventre ou dans son âme et qui a donné la vie ou adopté un bébé, la Fête des Mères a une signification spéciale. Même si je reconnais que la diversité des femmes est une faune stupéfiante et que la façon de vivre la maternité de même. En ce qui me concerne, je suis radicale, vigoureuse et tellurique: malheur à celui qui ose arracher ma fête, malheur à celui qui veut supprimer ce petit déjeuner au lit avec mes enfants qui me sautent dessus, encore en pyjamas, moitié endormis et les cheveux tout ébouriffés, le plus beau paysage que je peux avoir.

Je me souviens de cette matinée du mois de mai, il y a de cela quelques années, quand la maîtresse de la maternelle de ma fille m'a annoncé avec sa voix toute chantante,que cette année, ils avaient eu la bonne idée de remplacer la fête des Mères par la fête de la Famille pour qu'ainsi se fasse "une grande fête incluant les papas et les grands-parents".

Oui, vous avez deviné: je suis restée muette, littéralement sous le choc. Et, comme on raconte des personnes qui sont sur le point de mourir, j'ai vu passer en une seconde et comme dans un film, mes dernières années. En une seconde, je me suis vue pliée de douleur -et de peur- à cause des contractions, j'ai senti à nouveau l'impuissance et la rage de ne pas avoir averti à temps les femmes de mon entourage pour qu'elles m'accompagnent; j'ai détesté une fois de plus la fierté qui m'a fait croire que j'étais dans une quelconque transe, j'ai haï -encore une fois- la sage-femme qui pensait que j'exagérais, je me suis sentie de nouveau désemparée face à l'air irrité des infirmières et leur commentaire blessant « eh bien, encore une novice ». J'ai revécu la terreur de la salle d'accouchement quand le visage du docteur s'est transfiguré et que tous ont commencé à courir parce que quelque chose n'allait pas avec ma fille, j'ai ravalé la frustration de m'être préparée pendant des mois et d'avoir lutté contre des milliers de préjudices parce que je voulais un accouchement naturel et maintenant, anesthésiée, je ne sentais ni mon corps, ni ma fille.

J'ai senti monter les sanglots en me rappelant des premiers pleurs qui me changeraient la vie. Je me suis rappelée de toutes mes courses (depuis que je suis mère, je n'ai jamais arrêté de courir). Courir pour me doucher, courir pour arriver à l'heure au travail, courir pour allaiter. Je me suis rappelée de comment c'était d'avoir les seins pleins, douloureux comme si on m'enfonçait des aiguilles, je me suis rappelée des fois où mon bébé ne buvait que par petites gorgées et que je passais des minutes à essayer de la réveiller et je savais (et je devais arrêter et m'en aller en le sachant) que je la laisserai alors qu'elle aurait encore faim. Je me suis rappelée des fois où je ne pouvais pas aller la voir et que je me tirais le lait enfermée dans les toilettes du bureau, en pleurs, me sentant la pire des mères du monde. Je me suis rappelée la honte de tâcher ma chemise avec d'énormes auréoles de lait car les protecteurs n'étaient pas suffisamment absorbants, je me suis rappelée la froideur et la gêne de mes collègues car -une fois de plus- j'arrivais en retard aux réunions, je me suis rappelée des milliers de repas froids que j'ai avalés, des centaines de fois où tout le monde sortait de table alors que je venais de m'asseoir. Je me suis rappelée des nuits sans dormir, des nuits de nausées et de fièvre, des nuits de clinique et d'aiguilles, des centaines de fois où j'ai dormi assise avec ma fille presque debout sur mes genoux, car c'était la seule façon qu'elle ne s'obstrue pas. Je me suis rappelée de ces trajets qui paraissent éternels quand tu portes un sac à main, du pain pour le déjeuner, un sac à dos plein de couches, de tétines et de petits doudous et, le poids le plus lourd, un bébé qui pleure.

Je me suis rappelée aussi de son premier sourire, de la première fois qu'elle a dit "maman" et ceci est resté gravé jusqu'à la dernière cellule, la première petite carte avec l'empreinte de sa petite main, le premier coeur (ou quelque chose comme ça) en pâte à modeler. Je me suis rappelée de son premier déguisement et de son premier poème. Je me suis rappelée du premier serment que j'ai fait sérieusement et qui est sorti de mes tripes: je ne peux plus tomber malade, plus jamais.

Et je me suis rappelée de mes amies et des centaines de femmes qui chaque jour, en silence, et invisibles pour le reste du monde, réalisent des actes héroïques et gagnent des batailles sans que personne soit au courant. J'ai eu une grand-mère, très ingénieuse et très pauvre, qui trouvait des solutions pour alimenter ses six enfants et qui sans être allée à l'école, savait parfaitement en  combien de fractions égales on pouvait diviser un oeuf. Et ma propre mère, de laquelle on se moquait tout le temps car elle préférait manger les ailes du poulet. « Mais, il n'y a rien à manger dessus! » Lui disait-on, comme si elle ne le savait pas. Et elle, tout en souriant, continuait à dire qu'elle les adorait. Il m'a fallu trente ans (trente!) pour comprendre que les cuisses et la poitrine charnues étaient pour nous, ses enfants (et j'étais celle qui se moquait le plus, vous n'imaginez même pas la honte que je ressens. La seule chose qui me console c'est que j'ai la chance qu'elle soit toujours vivante et que j'ai pu m'en excuser. Je connais une personne qui ne s'en est pas rendu compte à temps et qui chaque jour regrette d'avoir été aussi dure avec sa mère et qui vit avec cette envie infernale de vouloir la déterrer de sa tombe, seulement pour lui demander pardon).

« Qu'en pensez-vous? » M'a demandé la douce jeune fille, allumant ainsi les lumières de ma salle de ciné. J'ai pris quelques secondes pour laisser mon film et m'habituer à la clarté du présent. La maîtresse me regardait avec ses yeux ronds et brillants, elle me regardait avec hâte, dans l'attente, je suppose, des félicitations pour leur trouvaille. Enfin, elle me regardait du haut de ses tendres et récentes 24 années. Un grand « non » est sorti de mes entrailles, et a effacé d'un coup de plumeau le sourire de Barbie célibataire. Elle m'a fait comprendre que ma négation  et mon « manque de coopération » l'avait vexée ( ah! Elle aurait dû me remercier de ne pas lui avoir balancé le sac à dos sur la tête!)


Je sais qu'il y a des mères froides comme des poissons qui ont vécu la maternité comme un obstacle. Mais pour celles qui ne l'ont pas vécu ainsi, pour celles qui, enthousiastes, ont bien ou mal relevé le défi (bien que nous soyons les seules à savoir les nombreuses fois où nous avons hésité); à celles-ci et à celles qui sont devenues mères sans l'avoir planifié et qui ont été surprises par la capacité d'improvisation de l'amour, aux mères maladroites et à celles adroites, à celles qui caressent leur vergetures comme si c'était des médailles, à celles qui ont cinq enfants et encore du temps pour rire et à celles qui n'en ont qu'un mais qui se sentent dépassées, à celles qui ont un petit avec un problème de santé et qui doivent se blinder le coeur pour affronter le monde et les regards indiscrets, à celles qui ont peur des pédiatres et à celles qui les envoient balader, à celles qui, en annonçant leur grossesse, ont vu courir effrayé le petit copain de service et n'ont plus jamais entendu parler de lui, à celles strictes et à celles laxistes, à celles qui ont maudit leur Dieu parce qu'il ne leur a pas donné un corps capable de recevoir un enfant, à celles qui se sont soumises à d'infinies manipulations et qui ont perdu espoir à chaque nouvelle expérimentation, jusqu'au jour où on leur a annoncé qu'un petit oeuf avait prospéré, à celles qui ont décidé d'adopter et qui ont découvert qu'on pouvait accoucher avec le coeur, à celles qui chaque semaine ravale leur impuissance face au chantage de l'ex mari, à celles qui en recollant les morceaux de leur histoire sont capables de construire un nouveau foyer et qui arrivent à avoir de l'amour pour les tiens, les miens et les nôtres. À toutes celles-ci, je les invite à un énorme câlin d'ourse, car toutes les mères, bonnes ou mauvaises, nous méritons notre fête. 

jueves, 2 de mayo de 2013

LE SAC À MAIN


Les Bonnes Mères ont dans leur sac à main, en gros, un rouge à lèvres, le porte-feuilles, les clés et leur portable. En général, elles changent de sac à main en fonction de la tenue qu'elles portent (assorti même à la culotte!) et elles sortent impeccables de leur maison (je les envie). Même si vous ne le croyez pas, jeune, il m'arrivait d'être comme cela (pour ce qui est du sac à main minimum, du reste j'en parle même pas). Il me suffisait d'une banane minuscule attachée à la ceinture et j'avais avec moi tout le nécessaire. Bon, une chose est sûre, c'est que je sortais toute seule.

Maintenant mon sac à main est presque aussi grand que moi. C'est que nous sommes comme ça nous les Mauvaises Mères: on charge avec tout le nécessaire pour une expédition en Afrique. Oui, c'est vrai: la moitié des mortels -en commençant par mon mari- se moque de moi. Mais la moitié restante -la seule qui m'importe- m'adore: mes enfants et leurs amis ne peuvent pas croire que j'aie sous la main un mini couteau pour séparer les Legos, les sauvant ainsi de trois heures d'ennui dues à la longue attente de la révision technique de la voiture, que j'aie des pansements pour une ampoule douloureuse qui menace de nous faire abandonner la meilleure randonnée, que je sorte -en riant comme si de rien-, des petits sachets de sel et de ketchup pour le sandwich du pique-nique (aux intéressés, je les vole dans les fast-food), que d'un tour de passe-passe, apparaisse une paire de ciseau pour enlever l'étiquette d'un T-shirt qui irrite le cou et empêche de jouer, que je puisse acheter de délicieuses pommes dans la rue et les manger sans devoir attendre de les laver parce que je peux les éplucher, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Mes enfants m'ont donné l'honorifique surnom de Super Maman. Je ne connais pas vos enfants mais les miens ont un regard sévère et exigent et ne sont pas du genre à distribuer des mots gentils à tout bout de champs. Si vous voulez atteindre un si noble poste, dans votre sac à main vous devez avoir:

-         De l'Efferalgan à croquer (vous direz peut-être que j'exagère, mais si votre enfant a mal à la tête en plein milieu d'un match de volley-ball de votre fille et que vous êtes assis dans des gradins parmi 325 personnes que me dites-vous?)

-         Plusieurs paquets de mouchoirs en papier (oui, je sais qu'il en faut surtout en hiver quand les rhumes augmentent mais je vous rappelle que dans 98% des toilettes publics il n'y a pas de papier toilette. Si vous êtes mère d'une petite fille de trois ans qui, à une station essence, crie à plein poumon « Maman, j'ai envie de faire caca! » Vous me comprendrez).

-         Une poignée de petites monnaies (je ne vous explique pas ce que c'est que de rendre visite à 11heures du soir à un membre de la famille qui se trouve dans un état grave à la clinique et que vos  enfants aient soif et qui ne puissent pas acheter une boisson à un distributeur.)

-         Autant de stylos Bic que d'enfants. Inutile de dire que, tout au long de votre carrière de mère, vous aurez besoin d'écrire des centaines de fois. Il est fort probable qu'à un feu rouge, vous vous rappellerez que vous n'avez pas fait la fiche de paie de la nounou, que vous devez acheter du papier de bricolage pour votre enfant, qu'il n'y a plus de pain pour le goûter, que vous devez aller chercher un costume chez le teinturier pour pouvoir vous déguiser  en professionnelle  décente dans les deux heures à venir, que demain à 19h vous avez une réunion pour votre fils cadet, et qu'avant, vous devez laisser votre fille chez une amie pour qu'elles préparent une dissertation. Bien sûr, vous me direz que pour cela, n'importe quel stylo fera l'affaire. Le bon côté du Bic (les Mauvaises Mères nous adorons le multifonctionnel) c'est qu'il peut vous sauver la vie lors d'un après-midi dans une salle d'attente pleine de gens et d'enfants désespérés: croyez-moi, vos enfants n'oublieront jamais le jour où vous leur avez appris à faire une sarbacane avec des petites boulettes de papier.

-         Vous devez avoir un petit couteau multi-usage, un de ces couteaux suisses qui possède -au minimum- une paire de ciseaux. Outre les étiquettes qui gênent comme je vous racontais, j'ai l'honneur d'avoir fait la différence lors d'une situation extrême: stade national plein, des centaines d'enfants qui s'échauffent, un géant à côté de mon fils avec une tête de "je vais te réduire en morceaux, espèce de nain", premier tour d'essai de mon fils avec un nouveau survêtement que je lui avait acheté pour l'occasion mais qui glisse quand il court et qui donc s'accroche aux talons. Mauvaise Mère étant témoin jusqu'au moindre détail parce qu'elle a des jumelles (ça, ce n'est pas essentiel dans le sac à main, mais moi j'en ai...vous n'imaginez même pas la quantité de jolis petits oiseaux que j'ai pu voir), Mauvaise Mère avec le coeur serré en voyant que des mois entiers d'effort et d'entraînement peuvent partir à la poubelle à cause d'un maudit pantalon, Mauvaise Mère regarde sa montre et voit qu'il lui reste cinq minutes avant le début de la course, Mauvaise Mère saute de son siège, prend les jambes à son cou, descend deux par deux les escaliers (ne vous étonnez pas il y a des mères qui ont soulevé une voiture pour sauver leur enfant), Mauvaise Mère appelle son fils avec un cri qui s'entend à des kilomètres à la ronde, un petit poussin volant d'une aile grâce à l'agilité de la poule (vieille poule donne bon court-bouillon, ah, ah), petit coin isolé des regards, dans un chemin ténébreux où nous accompagnent seulement une gouttière et un ou deux cafards, Mauvaise Mère sort ses ciseaux et hop, en trois minutes et demie elle a réussi à faire que son bébé revête le plus beau short de l'histoire.

-         Ce qui est bien c'est que le petit couteau suisse vient avec des pinces (vous ne soupçonnez pas la quantité d'échardes que j'ai retirée de petits doigts minuscules), un coupe-ongles (ils le vendent à part, mais ça vaut la peine de l'inclure car, je ne sais pas pourquoi, mais en voyage personne n'apporte de coupe-ongles et après toooout le monde en a besoin). Je vous suggère d'acheter le couteau qui vient avec l'ouvre-boîtes (quand vous ouvrirez une boîte de thon au milieu d'une balade avec les enfants morts de faim, vous vous rappellerez de moi) et, si vous pouvez, optez pour celui qui vient avec un tire-bouchons (lors de la même balade alors que vous boirez un verre du meilleur Cabernet autour d'un feu de camp, vous n'allez pas seulement vous rappeler de moi, mais vous allez m'aimer).

-         Étant donné que "l'heure critique" de 19h30 peut transformer la plus douce petite princesse en un démon insupportable qui salive de faim et de sommeil, et comme cette heure coïncide avec les embouteillages, toute Mauvaise Mère a dans son sac, pour faire face à cette heure de terreur, des barres de céréales, si vous vous êtes rappelé de les mettre dans votre sac. Si non, vous trouverez diverses confiseries -caramels mous de l'année dernière, sucettes pleines de peluches, chewing-gums durs comme des bâtons-. Mais peu importe, pour une Mauvaise Mère il suffit que la trouvaille soit comestible pour respirer tranquillement et nous assurer d'arriver à la maison relativement en paix -oui, bonne déduction, les peluches de la sucette vous les enlèverez vous d'un coup de langue, pour la laisser impeccable à votre chérubin-. Ne vous inquiétez pas, pour mes enfants j'ai mangé des crapauds et des couleuvres et je suis en pleine forme.

-         Pour terminer, il est très important de mentionner: les super héros nous avons besoin de dissimuler notre réelle identité, c'est pour ça que, pour passer inaperçu, vous devez inclure dans votre sac, une petite trousse de maquillage avec du mascara généralement sec ou sur le point de mourir, un fard à paupières cassé (qui reste éternellement là, à tout salir), un crayon eye-liner mal taillé (qui fait qu'à chaque fois qu'on se dessine une ligne sur la paupière, nous sommes sur le point de nous arracher un oeil avec les échardes de bois) et un protecteur à lèvres en bâton. Oubliez le rouge à lèvres rouge passion qu'on utilise pour des occasions spéciales, c'est-à-dire jamais. Ce dont a besoin une Mauvaise Mère c'est d'un bâton hydratant et incolore pour pouvoir le partager avec ses créatures qui vivent avec les lèvres gercées et qui en plus vous garantit de ne pas laisser de marques sur les joues des enfants (on évite au passage leur éternelle haine).

-         Ah, et ne vous inquiétez pas. Vous pouvez paraître en deux secondes (j'ai chronométré) très décente lors d'une réunion: mettez votre sac à main de boy scout, dans un autre sac et le tour est joué.


LE SAC À MAIN


Les Bonnes Mères ont dans leur sac à main, en gros, un rouge à lèvres, le porte-feuilles, les clés et leur portable. En général, elles changent de sac à main en fonction de la tenue qu'elles portent (assorti même à la culotte!) et elles sortent impeccables de leur maison (je les envie). Même si vous ne le croyez pas, jeune, il m'arrivait d'être comme cela (pour ce qui est du sac à main minimum, du reste j'en parle même pas). Il me suffisait d'une banane minuscule attachée à la ceinture et j'avais avec moi tout le nécessaire. Bon, une chose est sûre, c'est que je sortais toute seule.

Maintenant mon sac à main est presque aussi grand que moi. C'est que nous sommes comme ça nous les Mauvaises Mères: on charge avec tout le nécessaire pour une expédition en Afrique. Oui, c'est vrai: la moitié des mortels -en commençant par mon mari- se moque de moi. Mais la moitié restante -la seule qui m'importe- m'adore: mes enfants et leurs amis ne peuvent pas croire que j'aie sous la main un mini couteau pour séparer les Legos, les sauvant ainsi de trois heures d'ennui dues à la longue attente de la révision technique de la voiture, que j'aie des pansements pour une ampoule douloureuse qui menace de nous faire abandonner la meilleure randonnée, que je sorte -en riant comme si de rien-, des petits sachets de sel et de ketchup pour le sandwich du pique-nique (aux intéressés, je les vole dans les fast-food), que d'un tour de passe-passe, apparaisse une paire de ciseau pour enlever l'étiquette d'un T-shirt qui irrite le cou et empêche de jouer, que je puisse acheter de délicieuses pommes dans la rue et les manger sans devoir attendre de les laver parce que je peux les éplucher, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Mes enfants m'ont donné l'honorifique surnom de Super Maman. Je ne connais pas vos enfants mais les miens ont un regard sévère et exigent et ne sont pas du genre à distribuer des mots gentils à tout bout de champs. Si vous voulez atteindre un si noble poste, dans votre sac à main vous devez avoir:

-         De l'Efferalgan à croquer (vous direz peut-être que j'exagère, mais si votre enfant a mal à la tête en plein milieu d'un match de volley-ball de votre fille et que vous êtes assis dans des gradins parmi 325 personnes que me dites-vous?)

-         Plusieurs paquets de mouchoirs en papier (oui, je sais qu'il en faut surtout en hiver quand les rhumes augmentent mais je vous rappelle que dans 98% des toilettes publics il n'y a pas de papier toilette. Si vous êtes mère d'une petite fille de trois ans qui, à une station essence, crie à plein poumon « Maman, j'ai envie de faire caca! » Vous me comprendrez).

-         Une poignée de petites monnaies (je ne vous explique pas ce que c'est que de rendre visite à 11heures du soir à un membre de la famille qui se trouve dans un état grave à la clinique et que vos  enfants aient soif et qui ne puissent pas acheter une boisson à un distributeur.)

-         Autant de stylos Bic que d'enfants. Inutile de dire que, tout au long de votre carrière de mère, vous aurez besoin d'écrire des centaines de fois. Il est fort probable qu'à un feu rouge, vous vous rappellerez que vous n'avez pas fait la fiche de paie de la nounou, que vous devez acheter du papier de bricolage pour votre enfant, qu'il n'y a plus de pain pour le goûter, que vous devez aller chercher un costume chez le teinturier pour pouvoir vous déguiser  en professionnelle  décente dans les deux heures à venir, que demain à 19h vous avez une réunion pour votre fils cadet, et qu'avant, vous devez laisser votre fille chez une amie pour qu'elles préparent une dissertation. Bien sûr, vous me direz que pour cela, n'importe quel stylo fera l'affaire. Le bon côté du Bic (les Mauvaises Mères nous adorons le multifonctionnel) c'est qu'il peut vous sauver la vie lors d'un après-midi dans une salle d'attente pleine de gens et d'enfants désespérés: croyez-moi, vos enfants n'oublieront jamais le jour où vous leur avez appris à faire une sarbacane avec des petites boulettes de papier.

-         Vous devez avoir un petit couteau multi-usage, un de ces couteaux suisses qui possède -au minimum- une paire de ciseaux. Outre les étiquettes qui gênent comme je vous racontais, j'ai l'honneur d'avoir fait la différence lors d'une situation extrême: stade national plein, des centaines d'enfants qui s'échauffent, un géant à côté de mon fils avec une tête de "je vais te réduire en morceaux, espèce de nain", premier tour d'essai de mon fils avec un nouveau survêtement que je lui avait acheté pour l'occasion mais qui glisse quand il court et qui donc s'accroche aux talons. Mauvaise Mère étant témoin jusqu'au moindre détail parce qu'elle a des jumelles (ça, ce n'est pas essentiel dans le sac à main, mais moi j'en ai...vous n'imaginez même pas la quantité de jolis petits oiseaux que j'ai pu voir), Mauvaise Mère avec le coeur serré en voyant que des mois entiers d'effort et d'entraînement peuvent partir à la poubelle à cause d'un maudit pantalon, Mauvaise Mère regarde sa montre et voit qu'il lui reste cinq minutes avant le début de la course, Mauvaise Mère saute de son siège, prend les jambes à son cou, descend deux par deux les escaliers (ne vous étonnez pas il y a des mères qui ont soulevé une voiture pour sauver leur enfant), Mauvaise Mère appelle son fils avec un cri qui s'entend à des kilomètres à la ronde, un petit poussin volant d'une aile grâce à l'agilité de la poule (vieille poule donne bon court-bouillon, ah, ah), petit coin isolé des regards, dans un chemin ténébreux où nous accompagnent seulement une gouttière et un ou deux cafards, Mauvaise Mère sort ses ciseaux et hop, en trois minutes et demie elle a réussi à faire que son bébé revête le plus beau short de l'histoire.

-         Ce qui est bien c'est que le petit couteau suisse vient avec des pinces (vous ne soupçonnez pas la quantité d'échardes que j'ai retirée de petits doigts minuscules), un coupe-ongles (ils le vendent à part, mais ça vaut la peine de l'inclure car, je ne sais pas pourquoi, mais en voyage personne n'apporte de coupe-ongles et après toooout le monde en a besoin). Je vous suggère d'acheter le couteau qui vient avec l'ouvre-boîtes (quand vous ouvrirez une boîte de thon au milieu d'une balade avec les enfants morts de faim, vous vous rappellerez de moi) et, si vous pouvez, optez pour celui qui vient avec un tire-bouchons (lors de la même balade alors que vous boirez un verre du meilleur Cabernet autour d'un feu de camp, vous n'allez pas seulement vous rappeler de moi, mais vous allez m'aimer).

-         Étant donné que "l'heure critique" de 19h30 peut transformer la plus douce petite princesse en un démon insupportable qui salive de faim et de sommeil, et comme cette heure coïncide avec les embouteillages, toute Mauvaise Mère a dans son sac, pour faire face à cette heure de terreur, des barres de céréales, si vous vous êtes rappelé de les mettre dans votre sac. Si non, vous trouverez diverses confiseries -caramels mous de l'année dernière, sucettes pleines de peluches, chewing-gums durs comme des bâtons-. Mais peu importe, pour une Mauvaise Mère il suffit que la trouvaille soit comestible pour respirer tranquillement et nous assurer d'arriver à la maison relativement en paix -oui, bonne déduction, les peluches de la sucette vous les enlèverez vous d'un coup de langue, pour la laisser impeccable à votre chérubin-. Ne vous inquiétez pas, pour mes enfants j'ai mangé des crapauds et des couleuvres et je suis en pleine forme.

-         Pour terminer, il est très important de mentionner: les super héros nous avons besoin de dissimuler notre réelle identité, c'est pour ça que, pour passer inaperçu, vous devez inclure dans votre sac, une petite trousse de maquillage avec du mascara généralement sec ou sur le point de mourir, un fard à paupières cassé (qui reste éternellement là, à tout salir), un crayon eye-liner mal taillé (qui fait qu'à chaque fois qu'on se dessine une ligne sur la paupière, nous sommes sur le point de nous arracher un oeil avec les échardes de bois) et un protecteur à lèvres en bâton. Oubliez le rouge à lèvres rouge passion qu'on utilise pour des occasions spéciales, c'est-à-dire jamais. Ce dont a besoin une Mauvaise Mère c'est d'un bâton hydratant et incolore pour pouvoir le partager avec ses créatures qui vivent avec les lèvres gercées et qui en plus vous garantit de ne pas laisser de marques sur les joues des enfants (on évite au passage leur éternelle haine).

-         Ah, et ne vous inquiétez pas. Vous pouvez paraître en deux secondes (j'ai chronométré) très décente lors d'une réunion: mettez votre sac à main de boy scout, dans un autre sac et le tour est joué.


lunes, 1 de abril de 2013

MAMAN JE DÉTESTE LIRE. MOI AUSSI MON FILS.


-       Maman je déteste lire.

-       Moi aussi mon fils.

 

Voici un dialogue qui pour mon fils cadet, a été l’un de plus courts et joyeux de ces derniers temps. J'ai eu le même avec ma fille aînée il y a quelques années et il a provoqué le même effet. Évidemment leur surprise et leur joie sont plus que compréhensibles: mes enfants ont une mère qui peut prendre des mois pour renouveler des chaussures qui partent en lambeaux, mais il ne lui manque jamais un livre à ses côtés. Ils m'ont vue sortir bien décidée à acheter un gilet parce que celui que je portais m'arrivait aux genoux et avait les coudes transparents, et c'est avec le même gilet et trois nouveaux livres qu'ils m'ont vue revenir. Alors, comment était-ce possible que leur mère, qui a des livres même dans les toilettes, leur dît cela ?

À mon grand plaisir, il était pour eux, hors de question de douter de la véracité de mon affirmation car depuis toujours je leur dis ce que je pense ou ce que je sens. Alors il ne leur restait plus qu'à dévoiler le mystère, qui n'avait rien d'extraordinaire. Il suffisait simplement d'ajouter un petit mot, une précision discrète qui donnait la parfaite stature à cette affirmation : je déteste lire des "nulleries". Voilà pourquoi je détestais lire à l'école: parce que le programme nous exigeait de lire des tonnes de livres de ce genre. Et encore aujourd'hui, ça m'énerve d'avoir perdu un temps précieux à douter de moi face à un expert solennel. Je me pardonne la maladresse de mon jugement parce que j'étais une petite fille et si le monsieur avec tant de médailles et de rictus amers savait ce qu'était LA littérature -la même qui me provoquait une indigestion- alors c'était clairement moi le problème.  À tel point que j'ai même préféré choisir des études d'ingénieur, ce qui revient à demander à une vache d'apprendre à jouer du piano! Vous comprendrez alors que moi qui cultive avec dévouement mes rancunes et les arrose chaque jour comme le reste de mes plantes, je n’ai pas oublié ce professeur aigri.

Je ne peux pas changer mon passé, mais je peux le réparer en évitant qu'il se répète. Imaginez alors, la joie sur le visage de ma fille: alors que, avachie dans le canapé, elle lisait un livre qu'on lui avait donné à l'école,  je lui balança « Ce que tu lis, c'est nul, n'est-ce pas? » (c'est bien connu, que nous, les mauvaises mères nous pouvons être assez brutes dans nos manières). Si vous aviez vu son visage...c'était comme si je lui enlevais un énorme poids des épaules. Elle redevint souriante et récupéra la fraîcheur propre à son âge; ses yeux coquins retrouvèrent leur brillance et ses joues leur éclat sain qui les caractérise. Le plus intéressant c'est que ma fille -libérée de l'obligation de s'agenouiller devant l'auteur- termina de lire le livre. Et ce n'est pas tout: elle put explorer le livre comme s'il s'agissait d'un quelconque nouveau paysage; elle le lit depuis la plaine, avec un oeil critique, en cherchant par elle-même les mérites qu'il pouvait avoir. Nous commentâmes et analysâmes le livre sous tous les angles jusqu'à découvrir pourquoi il était si mauvais. Ce n'est pas trop de dire que nous nous amusâmes bien et qu'elle réussit brillamment son évaluation.

Je ne suis pas experte en littérature et je ne prétends pas l'être (essentiellement parce que ce n'est pas en démembrant des paragraphes ou en chassant des synecdoques que je trouve du plaisir). D'après mon expérience, on se lie à un livre comme  à un ami ou à un amour: par affinité. Les amours par convenance n'ont jamais prospéré, en effet, on ne tombe pas amoureux de quelqu'un en énumérant ses qualités objectives. Donc, aux parents intéressés par la promotion de la lecture chez leurs enfants -ou chez d'autres- je recommande ce que dit Daniel Pennac: faire les présentations et les laisser seuls. Quelque chose comme: ma fille, je te présente Roald Dahl, Roald, je te présente ma fille Sofía. Parfois une étincelle surgit. D'autres fois, non. Elle, à 11 ans, en est tombée amoureuse, surtout de son livre "Les Sorcières", tout comme de Mauricio Paredes et son livre "La famille Guácatela" (Guácatela veut dire beurk en espagnol)

En ce qui concerne mon fils Felipe, il a été plus réticent envers les livres. Chaque fois qu'arrivait le moment de lire les deux pages quotidiennes qu'ordonnait la professeure, apparaissaient subitement des petits nuages gris dans son moral et il déclarait catégoriquement "c'est le pire jour de ma vie!". Jusqu'au jour où, au lieu de lire deux pages, il en lit 16! Voilà ce qui se passa: Felipe était silencieux depuis un moment (et comme toute mère sait, c'est une conduite hautement suspicieuse chez un petit qui ne mesure pas plus d'un mètre) j'allai donc le voir dans sa chambre. Alors, sans avoir besoin de lui demander quoique ce soit, il me dit que le livre qu'il lisait lui plaisait beaucoup. « Et qu'est-ce qui te plaît? », lui demandai-je avec ma voix mélodieuse. « C'est que c'est de la realeza* ». Je fis la même tête que vous. En plus, il me racontait qu'il n'y avait ni reine, ni prince, ni château. Certes, il y avait un petit dragon dans l'histoire, mais il ressemblait davantage à un chat et c'était l'animal domestique du garçon qui l'accompagnait à l'école.

 
- Comment ça de la “realeza*", Felipe?

- De la realeza*, maman, parce que c'est vrai qu'à l'école, on embête les enfants gros.

 
Voilà comment "Le dragon de Jano" (de Irina Korschunow), que mon fils avait originellement emprunté, fit partie de la bibliothèque familiale. Contente, je partis l'acheter et cela me rendit heureuse tout le reste de la semaine: pour la première fois, un texte avait "touché" mon fils comme si à la place d'un livre, c'était la baguette d'une fée.

Ceux qui ont vécu comme nous l'expérience d'être "touché" par un livre, savent que cette rencontre-là a quelque chose de magique; on en revient transformé et avec une aura spéciale qui se remarque à des kilomètres. Il y a des essais sensés dédiés à expliquer le phénomène. Pour moi c'est simple: l'étincelle se produit quand je fais connaissance avec autrui un soi-disant étranger et chez qui je découvre une racine qui me lie à lui; quand je découvre, incrédule, qu'en réalité je n'ai jamais été seule parce qu'il existe une personne sur Terre qui me comprend. Et pour moi, cela suffit.

Un ami -de ceux dont tu ignores quand et comment ils sont entrés dans ton coeur-, a ri aux éclats en lisant un livre que je lui ai recommandé. Lui, il est fan de football et j'ai supposé que "la fièvre dans les gradins" (de Nock Hornby) pourrait lui plaire, mais jamais à ce point-là. "C'est que c'est la pure vérité" m'a-t-il dit, en riant encore. Et je le comprends. Il rit car il se reconnaît dans le récit. Mon cher ami ne me l'a pas dit tel quel, mais il aurait très bien pu affirmer « il m'a plu car c'est de la realeza* ».

Il y a des gens qui ne sont jamais tombés amoureux. Peut-être qu'ils ont senti de l'affection pour autrui, mais jamais ils ne sont tombés dans ce gouffre qu'est "être amoureux". À ceux-là et à ceux qui n'aiment pas lire, je leur dis la même chose: continuez à essayer. Croyez-moi, cela en vaut la peine.


Realeza* : veut dire royauté; Felipe voulait sûrement dire realidad qui signifie réalité

jueves, 21 de febrero de 2013

AVERTISSEMENT: TRAVAILLER À LA MAISON PEUT NOUS TRANSFORMER EN ÉNERGUMÈNE


Ce qui est bien quand on travaille à la maison, c'est que l'on peut faire l'analyse d'un projet en pantoufles et encore mieux, être près de nos enfants; vraiment près, pour leur donner une réponse dont ils ont besoin maintenant et non demain; pour les serrer opportunément dans nos bras lors d'une mauvaise journée ou, au contraire, pour recevoir une "attaque d'amour" qui te laisse allongée sur le tapis, toute décoiffée et morte de rire car en arrivant à la maison, ils ont découvert que leur dessert préféré les attendait. C'est pour cela, rien que pour ne pas perdre ces moments-là, que je ne regrette même pas une seconde ma décision et que je la maintiens fermement depuis le premier jour.


Cependant.... j'attends impatiemment les lundis. Depuis que j'ai décidé de travailler à la maison, le dimanche après-midi, je ressens une joie incontenable car je suis heureuse de voir arriver le lundi à huit heures quand mes enfants et mon mari ....disparaissent! ( je sais que ça semble méchant mais les mauvaises mères, nous osons admettre ce genre de choses). Dès que la porte se ferme et qu'ils s'en vont, eux et leur vacarme, je renais. La maison en silence (silence sacré) m'attend et je sens à nouveau que la maison m'appartient (aussi).


Après un week-end tournée vers les autres, j'apprécie ce repos; j'apprécie de pouvoir retourner à mes activités et mon travail; en fait, redevenir moi et laisser reposer un moment les mille autres rôles que la logistique domestique me demande -cuisinière, plombière, magasinière, chauffeur, couturière, infirmière et un long etcaetera. Bien sûr, le repos ne dure pas longtemps, à peine quelques heures. Et parfois, quand je suis très inspirée et que je vois arriver l'interruption imminente de cette récréation, il me vient la nostalgie de mon ancien bureau.


À l'époque où je travaillais en dehors de la maison, je pouvais me prendre un petit café avec mes collègues  dans la matinée. D'ailleurs, de cette période, c'est ce qui me manque le plus. J'avais un magnifique bureau, décoré avec beaucoup de génie, que je partageais avec deux collègues. Celle qui arrivait en premier faisait le café et une odeur divine   accueillait la suivante. Après avoir fait le tour de nos vies, nous mettions de la musique douce et nous travaillions des heures et des heures dans une tranquillité absolue et une concentration parfaite. Si Internet ou l'imprimante avait un problème, en deux secondes il y avait un technicien pour réparer. Comme je travaillais dans le centre ville de Santiago, je déjeunais un jour sur deux au restaurant et je pouvais me délecter d'un Japonais, d'un Italien, d'un Péruvien ou d'un Krishna. Parfois, nous venait une envie d'un caldillo de congrio* au Marché Central ou de picarones* avec de la chancaca* par un jour de pluie (picarones pasados*... Mon royaume, pour des picarones pasados!).


En plus de travailler beaucoup moins -oui, vous avez bien lu- je pouvais négocier des délais avec mon chef, partager les tâches avec mon équipe, arriver à des accords raisonnables avec les clients. Maintenant, je ne travaille pas huit heures mais quinze!!! Et en faisant mille tâches simultanément. D' un oeil je surveille que les asperges ne cuisent pas trop et de l'autre, que la dispute de mes enfants ne dérive pas à l'étranglement de l'un d'entre eux. J'ai une oreille attentive à la sonnette ("Nous sommes venus trois fois Madame, mais il n'y avait personne"!!) et l'autre, au son que fait l'ordinateur quand arrive un nouvel email ("j'ai besoin d'un rapport avant deux heures de l'après-midi"). Je ne vous raconte même pas la quantité de petits papiers jaunes que je colle autour de l'écran de l'ordi: acheter du pain, retirer le costume du pressing, demander le pulvérisateur pour le jardin à mon beau-père, prendre un rendez-vous chez le dentiste pour les enfants, emmener le plus petit à un anniversaire, préparer les goûters, signer les circulaires de l'école et aller me faire épiler (je ne sais pas comment -et ce plus d'une fois- j'ai réussi à avoir les moustaches d'Emiliano Zapata*, chose qui ne m'arrivait jamais quand je travaillais hors de la maison).


Le pire dans le travail chez soi, c'est que si l'outil de base, l'ordinateur, présente une faille, je dois perdre un temps précieux pour le réparer moi-même. Et si l'affaire est plus compliquée que prévu, j'en parle même pas: je peux perdre l'après-midi entier, voire la journée à trouver un technicien qui puisse venir. À propos,  aux personnes intéressées par la recherche spirituelle, je vous donne un tuyau qui vous évitera d’aller en pèlerinage à Puna* ou de dépenser une fortune avec un yogi à la mode: pour travailler le détachement et la maîtrise de soi, il n'y a pas meilleur exercice que d'appeler ton fournisseur d'accès à Internet. Et je peux le prouver: avant je n'arrivais à tenir que dix minutes, en passant par d'interminables enregistrements " appuyez un pour ceci et deux pour cela". Avant, disais-je, au bout de dix minutes je n'en pouvais plus et je jetais le téléphone. Mais maintenant, depuis que je travaille chez moi et que je dois résoudre un jour sur deux ce genre de problèmes, je suis capable de tenir cinquante-cinq minutes dans la même position et de façon  imperturbable, tel un maharishi ( même si  parfois, j'ai l'air de baver, mon oreille est bouillante et tellement aplatie qu'avec un ongle je dois me la décoller de la tête, sans parler du doigt qui a perdu toute sensibilité à force d'appuyer sur les touches).

Et la cerise sur le gâteau qui parfois me fait saliver de rage: l'imbattable engouement de la femme de ménage pour bavarder, surtout quand je suis devant l'ordinateur avec les lèvres serrées et des griffes à la place des doigts.

-Vous avez vu que Mme Machin, celle qui sort avec un joueur de football, elle s'est fait mettre un demi kilo de silicone dans chaque sein?

-Hum...incroyable...

-Et que Mr Bidule s'est mis avec la meilleure amie de Mme Machin? Alors qu'elle-même s'offrait à lui ? Ça, tout le monde le sait.

-Bien...sûr...

-Et vous avez su qu'on a découvert que le propriétaire de l'épicerie n'était pas parti dans le Nord mais qu'en fait, c'était sa femme qui l’avait découpé et caché dans le congélateur?.

-Je trouve cela fantastique...

(Yeux éberlués de ma femme de ménage.)

-... Non, pardon, je n'ai pas voulu dire ça...

-Et on peut savoir ce que vous avez voulu dire ?

-Au secours...

-Comment au secours ?

-Non, non, rien, ne faîtes pas attention, c'est juste que mon bureau me manque...


*Caldo de congrio : soupe à base de congre avec des pommes de terre, des carottes, du vin blanc.
 *Picarones : beignets de farine de blé.
 *Chancaca: bloc de sucre roux, non raffiné
 *Picarones pasados : beignets de farine de blé cuits dans un sirop à base de Chancaca, de canelle et d'oranges.
 *Emiliano Zapata :  acteur mexicain avec des grosses moustaches.