martes, 3 de septiembre de 2013

RIEN DE PLUS SAIN QU'UN PEU DE SALETÉ

Avant que vous me lynchiez, j'explique: je ne défends pas l'idée que les enfants ne doivent pas être propres. Seulement que propre, ce n'est pas la même chose que désinfecté. Et il y a des mères qui sont tellement obsédées par les virus et les bactéries qu'elles font de leur foyer une bulle aseptisée. Dans leur maison  il y a en abondance de la Javel, des sprays désinfectants, du gel hydroalcoolique et de la haine pour les tapis (« Ils sont plein d'acariens! » Me crie-t-on comme si j'étais sourde. Bon, je suis vraiment sourde mais, surtout, j'adore marcher en chaussettes sur un tapis moelleux).

C'est clair qu'avec les petits bébés c'est différent, nouveaux-nés, ils doivent s'armer des défenses nécessaires, mais ensuite ils sont capables d'affronter les microbes sans problème. Là où je veux en venir c'est qu'il y a une certaine catégorie de bactéries et de bêtes diverses avec lesquelles nous cohabitons sans même nous rendre compte. Et n'importe quel enfant sain peut y faire face. Ma fille, après avoir appris à marcher, et à la première inattention, avait l'habitude de lécher les semelles de ses chaussures (pour les remercier, je suppose, de donner libre cours à sa jeune nature nomade). Évidemment si un enfant a une santé fragile, il est normal d'éviter l'exposition aux microbes, mais pour la grande majorité des enfants non. D'ailleurs, je vous rappelle, que nous, nous sommes d'une génération qui a grandi en mangeant de la terre, qui a grandi en buvant de l'eau d'un robinet qui avait servi à la moitié de l'école, qui a grandi en mangeant ses crottes de nez (quelqu'un m'a même raconté qu'il les partageait avec ses meilleurs amis), une génération à qui on a lavé la figure avec un mouchoir imbibé de salive ( je fuyais à m'en perdre chaque fois qu'une tante ou une grand-mère disait quelque chose comme « fais voir, viens par là ma petite », préambule indubitable de la fameuse toilette). Le fait est que, mis à part l'aspect dégoûtant que peuvent avoir ces  actes-là, il ne nous est rien arrivé. Bien au contraire. C'est pour cela que je suis convaincue que vivre avec les microbes dès le plus jeune âge, nous immunise contre eux. Ou comme dit mon adorable beau-père « laisse-le se salir un peu, ça ne lui fera pas de mal! » (impossible de résister à un papy qui te dit ceci en regardant, sourire aux lèvres, comment son petit fils a transformé un tas de boue en toboggan. Si à cela, nous ajoutons un ventre moelleux qui s'agite avec les rires, des yeux clairs comme de l'eau de source et les manières d'une personne qui a grandi et aimé au milieu des peillines* et des moutons, vous comprendrez notre complicité imbattable).

Donc, s'il n'y a pas de contre-indication convaincante, je vous conseille de laisser libre cours à vos envies de "manger" votre enfant (qu'y a-t-il de meilleur qu'un petit cou de bébé?), de le laisser vous enlever la nourriture que vous avez dans votre bouche (je sais pas pourquoi, mais les enfants adorent faire ça, et ensuite ils la mettent dans la leur. Et comme ils sont généreux dès le plus jeune âge, ils vous remettent dans la vôtre le bout de pain prémâché). Autorisez-vous à nettoyer la tétine de votre enfant en la suçant vous-même bien que le pédiatre vous ait dit que votre bouche était comme des toilettes (vous penserez que j'exagère; vous supposerez que mon métier d'auteur de contes se glisse dans ces chroniques, mais je vous jure sur la tête de la grand-mère que j'ai eu la chance d'avoir et qui maintenant doit avoir Dieu plié de rire avec le récit de ses bêtises, sur sa tête, je vous jure que c'est un « garagiste » de troisième classe en blouse blanche qui m'a dit cela). Laissez votre enfant dormir, se rouler et partager la nourriture avec votre animal domestique (mon fils, à l'époque où il faisait du quatre pattes, ne trouvait rien de plus amusant que de sucer les oreilles de notre chienne!!). Si vous êtes sûr que vos bêtes sont à jour au niveau des vaccins et qu'elles ne traînent pas dans la rue, vous pouvez être tranquille: les microbes restent en famille et nous en sommes tous contents.

*Peillines : nom donné aux jeunes chênes dans la campagne chilienne 



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