martes, 22 de enero de 2013

LA FOLLE DES CONTES


-Parce qu´ on est plus authentique quand on ressemble à ce qu'on a rêvé de soi.

Cette affirmation claire a été dite par Agrado dans le film "Tout sur ma mère", de Pedro Almodovar. Et aujourd'hui intacts, ses mots viennent à moi, résumer ce à quoi j'ai réfléchi ces derniers jours. Je vous raconte.

J'ai une amie, talentueuse illustratrice de contes pour enfants à qui il suffit d'une phrase pour créer un monde délicat et émouvant sur une page. J'ai eu la chance de voir comment la magie des mots opère chez elle; comme si c'était l'humble allumette dont on a besoin en pleine obscurité, pour allumer un bon feu de camp. Il y a quelques jours elle a terminé un livre que j'ai eu entre les mains. Et ce qui a fait trembler mon coeur, autant que ses dessins, c'est la dédicace qu'on pouvait lire à l'intérieur: elle remerciait ses parents de lui avoir offert sa première boîte de crayons.

Rien de plus vrai que ce remerciement. Sans un père et une mère qui ont été les fins observateurs de son talent; qui ont été attentifs et respectueux des manifestations précoces de sa créativité, mon amie n'existerait pas. Peut-être qu'il existerait une ombre d'elle, dans laquelle il y aurait seulement un reste de la créativité qui un jour l'a habitée. Mais non. Aujourd'hui, c'est une femme heureuse et accomplie qui ne sort jamais sans ses crayons, qu'elle domine telle une habile épéiste.

Mais bien sûr, voir cette dédicace m'a aussi inquiétée. Il m'a semblé inévitable de me demander si peut-être un jour mes enfants me remercieraient de les avoir aidés à être ce qu'ils rêvaient d'être. Je me rassure au moins en me disant que j'ai essayé de le faire : j'ai parcouru tout Santiago sous une chaleur suffocante pour trouver un tutu, j'ai mis un piano dans ma maison bien que cela prenne la moitié de l'espace de la salle à manger, j'ai oublié le nombre de kimonos et de tenues de football que j'ai empruntées, ou de chaussures de flamenco et d'athlétisme que j'ai achetées.
 
J'espère qu'ils en seront reconnaissants. Mais combien de fois aussi nous nous trompons de chemin sans le savoir? Combien de fois nous agissons inconsciemment et nos actions s'évanouissent face à des mots maladroits qui percent un bois délicat. C'est vrai que nous pouvons demander pardon et enlever ainsi les clous. Mais ils restent des marques que seul l'avenir nous dira à quel point elles étaient profondes.

Peut-être que le plus important, plus que ce qu'on peut donner à nos enfants, c'est savoir les regarder. Sommes-nous capables de voir leurs différences et agir en conséquence? Et n'utilisons-nous pas, plus souvent que nous le croyons, des lunettes uniformisantes qui ne nous permettent pas de distinguer leurs particularités?

Je connais une petite fille à l'imagination débordante qui adore écrire. Ses parents, Dieu merci, ont divorcé -pour la tranquillité des voisins et la santé mentale de la petite- et elle vit une semaine chez l'un puis une semaine chez l'autre. Alors, je me demande: que va-t-il arriver à cette enfant rêveuse? Pour sa mère orgueilleuse, la petite est une écrivaine depuis toujours; une future Nobel de Littérature qui invente des histoires qui amusent pendant des heures ses camarades d'école et que la professeure fait remarquer à chaque production écrite qu'elle demande à ses élèves. Cependant, la même fille provoque chez son père une sorte de lassitude accompagnée, selon l'humeur du jour, d'un léger sourire ironique. Cela fait que si tu lui demandes des nouvelles de sa fille, il te répond rapidement, comme s'il était en retard pour aller au bureau et non en train de prendre un café avec toi; comme s'il voulait changer vite de sujet et que cela lui était impossible de répondre à la simple question: comment va-t-elle? avec un ton proche de la léthargie " ...elle est là, toujours aussi folle des contes...".


miércoles, 16 de enero de 2013

MADEMOISELLE ROUGEMONT


Je ne sais pas si vous vous rappelez de Melle Rougemont, la cruelle institutrice de la douce Sarah, qui était en fauteuil roulant et l'amie de Heidi. Bref, Melle Rougemont c'est mon surnom. Voyons pourquoi.

Chez moi, on NE fait PAS de repas spécial pour les neveux ni pour les petits copains qui nous rendent visite. Il n'y a pas de "petite saucisse" ni de "coquillette" d'occasion. Celui qui vient, mange ce qu'il y a: des salades en entrée (risque de coups de fouet à celui qui ose s'abstenir), un plat principal selon la saison (aubergines farcies, cazuela*,poisson frit) et dessert (le seul qu'ils peuvent refuser). Ah, et pour accompagner le repas, ils boivent SEULEMENT DE L'EAU (je suis un monstre, n'est pas?).

Enfants et adultes mangent À TABLE, ENSEMBLE. Bien que le convive soit en âge de manger des bouillies, on lui fait une petite place et il mange seul (même si après je dois serpiller et lui laver les cheveux). Personne ne mange sur un plateau, sauf s'il est plâtré de la tête aux pieds. Et hors de question de courir après un enfant à travers toute la maison avec son assiette en lui priant de manger: ou il s'assoit ou il ne mange RIEN.

Tous les objets de décoration de ma maison sont à leur place. Il n'y a pas de protection aux coins des tables, on ne cache pas le matériel électronique ni la télécommande ni la boîte de médicaments. Il n'y a pas de mousse pour amortir la fermeture des portes et les couteaux ne sont pas sur l'étagère supérieure. J'ai recours à la technique, économique et toujours disponible, du ferme et sonore NON qui maintient les enfants éloignés du danger.

Celui qui ne sait pas nager ne se met pas à la piscine sans brassard et tous DOIVENT ME RAPPELER de leur mettre du protecteur solaire, car depuis tout petits, je leur ai enseigné que nous, les Ogresses nous avons cent mille choses en tête et que nous pouvons oublier certaines choses importantes (vous n'imaginez même pas comme c'est attendrissant de voir deux lutins qui balbutient un jargon venir vers moi avec leurs petits brassards pour que je les gonfle et dans l'autre main le protecteur solaire, que bien sûr, ils vont m'aider à étaler.

Depuis toujours, nous partageons les responsabilités et ce, en fonction de l'âge de chacun. Les plus grands font leur lit et m'aident à laver les tasses du petit déjeuner et si c'est bien moi qui change la couche de mon petit neveu d'un an et demi, c'est lui qui doit mettre la couche sale à la poubelle.

Jamais je ne permets de maltraiter un des animaux de la maison. Je ne valide pas les excuses telles que :il est trop petit, "il ne sait pas" que traîner un petit chat par la queue c'est douloureux ou que frapper le verre de l'aquarium gêne les paisibles violets. Et j'accepte encore moins qu'on fasse de ce genre d'attitude quelque chose de "comique". Dans un cas pareil, c'est l'enfant et l'adulte sans cervelle qui incite à la cruauté que je réprimande. Avec les animaux domestiques, on peut jouer, les nourrir et leur faire des câlins. Rien d'autre.

Je pourrais continuer la liste de mon -d'après certains- sévère règlement du "vivre ensemble", mais ce que je veux c'est vous faire observer quelque chose: bien que vous ne le croyez pas, les enfants m'aiment bien. Ils se font une joie de me voir, ma maison leur semble "trop cool" et ils ne veulent jamais partir quand on vient les chercher. Il y a un petit qui chaque semaine surprend sa mère en lui demandant de lui préparer le plat "bizarre" et très bon qu'il mange chez moi: il a 7 ans et il adore le kubbe avec du taboulé (plat arabe) et il trouve qu'il n'y a pas une confiture meilleure que celle à l'orange amère.

Certainement, il y a des exceptions. Comme un garçon, loin d'être bête, qui vient chez moi que si sa maman reste avec lui. Et elle, vous imaginerez bien, elle se charge de lui faciliter le chemin tel un bateau brise-glace: elle lui apporte un menu spécial parce qu'il est "un peu difficile", elle s'incruste dans les jeux de société pour défendre son "pauvre petit garçon" (les autres, évidemment, les détestent, les deux). Et ce n'est pas tout, elle l'habille et lui met la nourriture dans la bouche. Et il a 8 ans! (je fais référence à l’enfant, au cas où, même s'il faut reconnaître que la mère en paraît que deux de plus.)

Ce genre de cas me fait de la peine. Ça me rend triste de voir une mère démesurément protectrice qui peu à peu éduque un enfant incapable de conquérir la liberté car il ne sait rien des responsabilités (que ça nous plaise ou non, il ne peut pas y avoir l'une sans l'autre). Ça me fait de la peine de voir une mère qui ne croit pas en son fils; elle le sous-estime et le convainc qu'il a besoin d'assistance pour se débrouiller dans la vie et ainsi, petit à petit, elle fait de lui un invalide. Le pire et le plus triste dans tout cela, c'est que le petit le croit.

*Cazuela: plat typique chilien, bouillon de boeuf ou de poulet avec pommes de terre, maïs, légumes, potiron.