miércoles, 24 de octubre de 2012

LES ENFANTS NE SONT PAS Bêtes.


Pas du tout. Par contre ils savent le feindre. Et s'ils regardent ailleurs et font semblant de ne pas savoir, c'est pour nous protéger. Nous protéger! Beaucoup d'entre eux, du haut de leurs  cinq ou douze ans découvrent très tôt qu'ils doivent prendre soin de nous, de la faible image  avec laquelle nous essayons de les tromper.
 
Je connais des enfants qui sont les parents de leurs propres parents, ils les consolent et reçoivent leurs aveux (« Ne le dis pas à papa, ok? »); des enfants dont on abuse de leurs capacités, en leur demandant de prendre en charge nos misères (« Tu me trouves grosse? »); des enfants extorqués et manipulés pour satisfaire les besoins des autres (« Ne laisse pas papa seul! »)
 
J'ai une amie qui fume en cachette pour ne pas que sa fille la  voie. Un jour, nous discutions sur sa terrasse avec beaucoup d'entrain quand soudain on entendit sa fille. Et ne me demandez pas comment, mais en une seconde, je me retrouvai avec une cigarette dans chaque main et un air proportionnellement déconcertant. « Ça va te faire mal de fumer autant » voilà ce que dit la petite les mains sur les hanches. Mais l'éclat de ses yeux et le sourire ironique qu'elle portait aux lèvres quand  elle se retourna nous firent sentir comme une paire d'imbéciles.

Il est vrai que les enfants peuvent être cruels. Mais c'est  nous les coupables;  en essayant de les tromper, c'est nous qui nous exposons à être la cible de leurs commentaires mordants. Ah, et n'ayez pas confiance en leurs silences. Évidemment ils ne nous crient pas à la figure ce qu'ils pensent vraiment (ils ne sont pas bêtes, ils savent qu'ils dépendent de nous) mais ce n'est pas pour autant qu'ils croient notre arnaque. La seule façon pour que nos enfants nous respectent, c'est en les respectant, en n'offensant pas leur intelligence. Du moins, je ne veux pas être comme cette femme qui un jour entra dans la cafétéria de la station de service. Moi, je buvais une boisson gazeuse et à la table d'à coté un groupe d'adolescents mangeait. La femme, d'une quarantaine d'années au corps sculptural, portait des leggings léopard tellement moulants qu'ils ne laissaient rien à l'imagination et des talons de  quinze centimètres. Ses cheveux étaient blonds, ondulés et lui arrivaient à la ceinture. Alors un des jeunes se pencha vers ses copains et  leur  susurra : « Dos de lycée face de musée ». Et ils partirent en fou rire.
 
Bien sûr, ce n'est facile pour personne d'assimiler la sincérité. Mais croyez-moi, c'est « un exercice sain ». Et plus confortable que mentir sous prétexte d'enseigner  " de bonnes manières ". À moi, cela m'est arrivé une fois : ma fille était en train de faire un joli dessin très coloré : un nuage de coeurs entourait  une petite bestiole qui occupait le centre de la page. « Quel joli petit chat ! »", dis-je « Non, maman, c'est toi! ». Une fois passée la surprise, je demandai « Mais ces traits à côté des oreilles et près de la bouche, ce ne sont pas des poils et des moustaches? » «  Non! » - elle riait ma petite,  en ne croyant pas que je puisse être aussi  bête - « Ces traits ce sont tes petites rides ».
 
Autre anecdote mémorable. Après une visite chez une tante ma fille m'a mise au pied du mur : « Maman, qu'est-ce qui est arrivé à la tante qui est devenue si moche? ». Le pire de tout c'est  que c'était vrai. J'aurais voulu qu'il s'agisse d'une situation qui donnait espace à une de ces conversations que nous avions déjà eues au sujet des différents types de beauté, mais ce n'était pas possible d'omettre l'évidence. À la place d'un visage, la tante avait un masque en latex. Les yeux fermes de ma fille attendaient la réponse. Bien sûr, j'aurais pu mentir. Il aurait été facile de sauver les apparences, de dévier le sujet ou de protéger le secret de la coquette septuagénaire avec un pieux mensonge. Mais comme je suis méchante, je fis le contraire :
- Elle s'est faite opérée, mon amour.
- Mais pourquoi ?
- Parce qu'elle ne voulait pas avoir de rides.
- Mais avant elle était belle, maintenant elle me fait peur.
- Oui.
À moi aussi.
-Maman?
- Oui?
-Ne te fais jamais opérer d'accord ?
- Je te le promets, ma chérie.