lunes, 26 de noviembre de 2012

La beauté peut être dans des endroits insoupçonnés

Si je vous dis que ma soeur cache à l'intérieur de sa bouche une rangée de perles, diriez-vous que je mens? Et si j'ajoute que quand elle sourit son visage s'illumine, me trouveriez-vous fallacieuse? Pour les personnes plus rationnelles, je précise que ma soeur n'est pas un extraterrestre qui a sous la peau une ampoule halogène et ce n'est pas non plus un mollusque qui crache des perles. Cependant, tout ce que je viens de dire est vrai, comme révèle toute métaphore, qui aime se couvrir de  mensonges. Mais ce que je veux souligner, que vous me croyez ou non, c'est que pour comprendre ce genre de subtilités les enfants sont plus habiles que de très nombreux adultes (à la rigueur – et malheureusement – ce sont ces derniers qui se comportent  le plus souvent comme des mollusques)

La preuve par l’exemple: j'adore les cirques et chaque fois que je peux j'y vais avec mes enfants ( en cette époque estivale, on peut en trouver plus d'un sur le littoral). Plus d’une fois, j'ai invité des amis avec leurs enfants, mais généralement ils refusent parce qu'ils les trouvent moches, tristes, ringards et/ ou pauvres. Et oui, il se peut que ce soit vrai... mais juste en partie, ou pas totalement.

Ne croyez pas que je sois à ce point  tarée pour ne pas remarquer que la fille acrobate a ses collants reprisés à plusieurs endroits, que la tente a autant de couleurs que de trous, que les bancs  sont des bouts de bois et que si tu ne fais pas attention, tu peux t'égratigner la jambe (du mal de dos causé par une heure assis sur ce genre de siège, il n'y a pas moyen de s'en débarrasser). Je me rends compte -et mes enfants aussi- que le fabuleux homme au masque qui tourne en moto à toute vitesse dans une immense boule métallique est le même qui nous a vendu les entrées, que le magicien est celui qui s'occupe du panier de pop-corns à l'entracte et que la petite au nez crotté qui l'accompagne, c'est le clown qui fait des pitreries amusantes sur scène.

Mais, malgré tout, et en dépit de leur pauvreté et de leur précarité, les cirques me paraissent toujours Beaux. Oui, avec une majuscule. Il y a de la beauté dans le courage d'oser voler suspendu par la cheville en défiant la gravité et la sagesse. Il y a de la beauté dans la persévérance à se lever chaque jour même si le spectacle de la veille n'a permis de récolter que le minimum pour pouvoir manger. Il y a de la beauté dans le fait d'enfiler un costume ridicule et de raconter cinquante fois la même blague juste parce qu'un petit garçon ne la connaissait pas et qui n’a pas arrêté de rire. Il y a de la beauté dans le fait de se sentir rétribué par des fous rires et des applaudissements. Il y a de la beauté dans le fait de ne pas se décourager face à une audience peu abondante et de faire vivre une fête pleine de magie et d'illusion au peu de personnes présentes. Il y a une beauté infinie dans le torse qui s'emplit d'orgueil parce que le spectacle est arrivé à sa fin, précisément parce que cela n’a pas été  facile.

La trapéziste gagnerait probablement plus d'argent en vendant des assurances et l'homme le plus fort du monde obtiendrait le double s'il travaillait dans le bâtiment. Heureusement pour moi, il y a encore des rêveurs comme ces derniers et où ils se trouvent, je vais les applaudir avec mes enfants parce que mes petits,  bien que fins observateurs à qui rien n'échappe même pas le fait que la femme mal fagotée qui portait des savates quand nous sommes arrivés soit maintenant la contorsionniste aux cils extra longs, succombent face à la beauté de ce qu'elle est capable de faire et lui rendent hommage pendant toute  la semaine en essayant de l'imiter, pendant qu'ils sautent sur leurs lits...

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